Archives de l’Auteur: Jean-Yves Fick

fonds noirs XIX – interstices perdus

IV.


et même un seul instant
à reprendre parole
la voix s’éraille de silences

il ne demande pas
pourquoi il est fatal
que l’ouvrage s’effondre
dans la rue – sur lui-même

il tient à rester droit
qu’importe que les mains
soient marquées par l’outil
le ciment et la peine

plutôt les occuper
ailleurs à palisser
ou soigner quelques arbres

et rêver à des cercles
pris au cœur de leurs bois
cela plutôt que rien

bientôt il aura à rejoindre
une forme du soir
qui l’attend de toujours.


III.6 sco(r/l)ie 6

un voile recouvre le pan
de roche

qu’en sera-t-il

du blanc

pour peu qu’un geste

au noir

chute et rature

le souffle

l’espace d’ombre

la glaise rouge

pour preuves
l’empreinte de mains négatives.


fonds noirs XVIII – interstices perdus

III.

que dit sa voix ici
de ce que fut la vie
d’avant la friche sèche
à quoi tout se résout

tu ne le sauras peindre
à peine l’entrevoir
comme une soif l’été
d’errer sur la falaise

mais non ce n’est pas là
ce que ces mains avaient
à bâtir qui n’est plus

elles-mêmes ne sont
plus dans le geste sûr
de poser chaque pierre.


fonds noirs XVII- interstices perdus

II.

tout près d’où il te parle
– est-ce hasard — sa main
désigne bien cela
la trace d’anciens murs

et la ronce fait friche
avec des gravats blancs
cela fut sa demeure
dont il ne reste rien

sauf des faïences bleues
exposées à tous vents
qui brillent sous l’averse

ici était son lieu
il n’en put rien sauver
hors le jardin plus loin.


fonds noirs XVI – interstices perdus –

I.

dans le jour de presqu’été
tes pas traversent le faubourg

pourquoi cette figure
te poursuit-elle ainsi
qui n’est qu’une autre trope aride
à revenir même- autre

dans la ville inconnue
tu as croisé cet homme
à qui demander où aller
- tu venais de te perdre-

il te montre ses mains
calleuses de maçon
et répond d’un entre-deux langue

autre – mais te répond
seul- puis sa voix s’éraille
c’est tout un récit qui s’emballe

abrupt de la solitude
qui ouvre ici la main – vers quoi?


sans filet 173

déchiquetée de plomb fondu jeté

et cela par-delà gronde

vitesse
depuis la trope
sèche

pas d’ombre foudre aux nuages

défie
le paysage
blanc

rien n’espace sinon taire

étoupe
l’espace autour
fond

l’air même ne tremble plus

- couvercle sous quoi l’entrechoc des pas.

 


fonds noirs XV

sois ce sable
qu’accorde la main au proche

du passage
qu’acquittes-tu ici
par l’œuvrer
et sa touche reprise

un errer
souterrain qui te tient
seul debout
l’atelier s’obscurcit

sois cela
qui défait les façades
et les pierres

un reflet plus liquide
– la nuit s’ouvre
constellée de lointains

où la source tourbillonne
résurgente.


fonds noirs XIV

sans cesse regarde
comment dans le proche
la vigne aux fruits bleus le feuillage voile
voile le mur nu  de lierre le mur

la lumière d’aube
y brille première
et l’ombre des soirs
en monte plus dense

si le vent se lève
du fond de l’été
alors le dessein   la parole

sera ce bruisser
bientôt forme barque rouge
qu’emporte le démarrée au fleuve.


fonds noirs XIII

            l’horizon se recourbe
à ses ombres
vient
disparaître

            on ne sait quelle forme
se saisit
toute
dans la main

            revient ici toujours
l’ instrument
imparfait

            creuser l’aune de vivre
– et l’ellipse                                                        pour seul être
du dicible.                                                           d’une ligne.


d’un passage XLIII

peu d’être qui soit
accordé à l’ heur
– les étoiles vont
vers l’un l’horizon un

sais-tu seulement

disparaître au rouge
– tu ne peins que noirs
ce qui n’est connaître
tu ne peux pas plus

ébaucher un cercle le vaste

tu es aveugle à
la forme-nuage
que la toile invente

et c’ c’est déjà un geste

l’intensité vraie
de toute musique
résonne éphémère

parmi l’insondable.