Archives de Catégorie: Comme des rondeaux brisés

XLIX – fonds noirs – interstices perdus

c’est devant toi muet
la main ne peut plus rien
le geste s’accomplit
clos son orbe s’enroule  se ferme

les fonds noirs à cela
qui fut un intervalle
tenaillé par l’accord
d’une nuit haute hors

il n’y a plus à faire
sinon laisser l’amont
submerger la surface

l’étreindre d’un pan mat
sous quoi viendront brûler
les cristaux du regard.

 


sans filet 125

gravat
le ciel sans
bleu

griffe

 bords
plaie nette
verte

gerce

où perce
trop de
loin quoi

haut

dire encore
avant le jour
prochain

il n’y aura pas un seul signe
seulement la pluie la pluie et la nuit
leurs inlassables temps trop mats
les traverses glissantes l’absence trop vive

d’un son sec
clair
net

fermer le porche.


instantané 23

Après le seuil

cour carrée
pavée vide
la lumière

de s’égarer

elle-même close
à ce qui surgit
n’attend pas l’ombre

cela n’est plus

tout  l’incertain
forme de rien
l’orbe du monde

des brins d’herbe poussent
d’entre les pierres disjointes.


sans filet 84

On ne l’attendait pas

ce sont des voix d’enfants

l’instant laisse tinter

leur jeu file invisible

l’interstice des soirs

c’est le jour qui résonne

ce ne sont qu’intervalles

très haut les timbres percent

- demeures d’immobile-

la voûte terne bleue

la mémoire introuvable

encadrée aux fenêtres.


sans filet 54 (I)

La ville noire
opaque compacte
la foule dense
piaffe rumeur

n’est plus

fureur autour
en toute absence
crier agite
autant qu’orage

qui ne vient pas

mais il y a
comme un sourire
sur un visage
aux mains tendues

seul autrement

le même mendiant
à la même heure
et son envers
décor qu’ici


don de l’obole
un pas s’éloigne
.


sans filet 49

ce sont des pas
des voix des mains
ce que saisit le jour

ce qui eut lieu

et puis rumeur
à s’en aller
là dans le soir

ce qui revient

par où la ville
finit son bruit
et s’ ensommeille

à perdre sens

sous la chaleur
décroche blanc
un long ruban

de la vie nue

incandescence

que reste-t-il

si ce n’est là
une pierre blanche
dans la boue des fossés

qu’on ne voit pas
et le seul vrai?


sans filet 48 chute

Le sol se dérobe
crevasse tout cesse
du passage
chute atone

un vide
trou d’air
sans savoir
on laisse

faire le poids
pas d’ennui
juste rien
rien cela

dehors la lumière
demeure belle
elle n’appelle
plus assez fort

c’est tout

le chant des oiseaux
vole aux crépuscules
un vivre inlassable
on n’y était pas

pour toutes ces heures

on est ramené par le soir
la chaleur vibre dans les feuilles plus douce
on se relève naufragé
le rivage d’être porte les pas

à nouveau.


sans filet 45

Écrire se cherche
jour fini fatigue
les voix en cahots

ne s’entendent pas
parlent dans le vide
s’égrènent là sans

que n’y reste rien
leur sens est perdu
rien le bruit – chaos

voyage sans fin
chaque jour recommencé
le même à jamais

nul et sans fin rien
rien laisser filer
glisser et se perdre

ce que l’on traverse
derrière les vitres
n’a plus aucun poids

il faudra trouver
ce reste de voix
pour que puisse là

s’élever un peu de silence
rien – mais l’odeur de la pluie monte
on aura vu au moins tomber

ce rideau mouvant dans le gris
cela rien de plus
mais cela oui.


sans filet 40

Peu de vent

balancer lent
de toute l’ombre devant
dessus cela brûle
jour-incandescence

rires loin

noter juste
les couleurs dans les feuillages
la fatigue étale
un calme de soir le jour

d’autres viennent boire là

le regard fixe
un toit en feuilles de plomb
musée-sismographe
pourquoi ne pas dire ainsi

nuance aussi. 



trajets

Sans lumière l’air
le souffle coupé
de mauvais parfums
de sourires faux

de la grisaille
ferme ce monde
toujours le même
convoi les jours

paroles pauvres lues
"gestes et mots qui soignent"
"un temps pour le vin"
et qu’aller faire là

se perdre en trajectoires vaines.