"Toutes choses sont muables et proches de l’incertain" Pierre Michon.
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Immobile et abrupt
un séjour le monde
où perle obscur le vif-argent.
I- Immobile
La ville immobile minée de mauvais songe
horizontale ses couleurs fausses rutilent
au sommeil de l’arbre implosent fils électriques
poursuivre les jours à la lueur bleue des aubes
il n’y a plus qu’ombres qui vivent en sourdine
les reflets de cieux jetées d’âmes aux flaques
les pluies rideaux sourds éteignent les traits
de bien tôt clos crépuscules s’animent seuls
les soirs blancs s’étouffent aux feux du sodium – Nuit
des remous le fil noir fonce boueux d’amont
remontent à rebours impassibles le temps
le flot l’Obscur sont bourrasques indéchiffrables
écrire aux rives raye les murs rouge sang.
II- abrupt
Cessent les chemins
les pas se dessinent un errer
le souffle trouve juste bascule
accordé vertical aux basses
continues le basalte s’élève orgues
ne se perd pas le regard qui ne cherche rien
le rêve passe simple d’une rive l’autre
ce qui fut laves s’étreint pierres
froides rugueuses et sonores chutes
l’eau gronde au profond du ravin
les roches rouges s’éteignent au noir
où tournoient les ombres des soirs
celles qui montent en torrent
inversent l’oblique lumière
et s’ouvrent fluides aux cristaux de nuit
enracinée fuse écrite la souche grise
en rejets son ardente ligne de vie danse
blanche foudre-falaise au rebord de l’abrupt.
III- un séjour
Paradoxale est l’aube douce
un filet jaune soufre sous la cendre
perce et brûle bleu de quel feu
l’atonie qu’éprouve le jour
soir le mur noir le soir
un grand pan de nuit bleue
à ne pouvoir pas déferler
grande voûte anticlinale
s’éveillent des fusions ardentes
là un continent s’égare aux lointains
craquèle et s’embrase ivre
un flot de métal coule brasier nocturne
crue la distance où luiront tard des astres rouges
que passent les formes changeantes l’immuable
l’enfant souffle la bougie du séjour.
IV- le monde
Soit le monde ce gisant plan allongé pâle
un labyrinthe de soifs et d’exils mauvais
où s’égarent les orbes se voilent les yeux
muette la bouche s’ouvre s’efface crie
l’air manque le sol se dérobe sous les pieds
il n’y a rien qui retienne la chute
un pas l’autre le suivant absurde on chancelle
exsangue la morsure mate immobilise
rien n’ouvre le voile blanc qui déferle opaque
tohu-bohu les routes les images
l’une l’autre encore sans issue
le sol meuble noir est boue presque poix
on lève les yeux cesse le vertige
là au limon d’une allée brille un grand reflet
fragile et clair un ciel l’éternité l’été
reflets – la lumière et l’enfance -
ce tain vif rêve l’évidence bleue
on y peut venir boire des ombres légères.
V- où perle obscur le vif-argent
Flaque sèche la couleur or
tombée des arbres au sol crisse sous les pas
le monde se stylise et déploie ses ramures
ou trope éblouie ou contrejour d’étincelle
le bitume emmure l’ancien passage
des ombres longues dorment mémoire irréelle
creusées aux surfaces et aux jours pétrifiés
la vie luit un disque jaune oscille radieux
éclats noirs dans la douleur bleue de l’œil
le pas humble avance sur un trait inconnu
et reprennent mouvement des souffles immenses
les grands courants croisent des gris bas des blancs hauts
une aile rouge porte incandescence aux nuits
des sept étoiles perlent larmes vif-argent.