Archives de Catégorie: Dans l'atelier

sans filet 140

XII.

la nuit une tremble

firmaments les feuillages
vont ouvrir le vent même
[peut-être] plus loin  affleurera   [en sortiraont
"de confuses paroles"

à n’entendre plus rien
par où se finit la terre
la fin de toute forme
est ce qui fait l’ici

déclinaison d’astres.


impromptu7

Poser le crâne
dans une main meuble
pour que ne prenne pierre
l’absence du jour

la nuit le sommeil à défaire
l’étreinte atroce du pire
au prix parfois de mauvais rêves
brumes dans la lumière d’aube

le chant note la rosée du pré blanche
saisit un grain de sable
un tremblé filé dans les voix
l’élan d’une branche dans l’air

pour se reprendre à vivre
écouter l’intervalle
la traversée du jour
par quoi le regard passe

la cendre des murs gris
les labyrinthes excoriés
le règne de Méduse
où l’on erre étranger

avant de croiser la statue
et sa barque de pierre
qui emportent sur les eaux noires
on note un éclat à la vitre.


icaria 83

C’est chercher loin même désaccordée la note
dire blanc ou noir couleurs du séjour
on l’a déjà fait bien plus avant dans la Nuit

il y faudrait revenir sans relâche
à trouer l’ossature défaite des mots
poussière tombée  de longtemps
la transparence d’un rideau trop vieux
ternie et plus fragile comme feuille sèche
crisse et craque puis se délite
et retrouve le jour à travers ses nervures
nues et souples les voiles que le vent anime

une taie féroce posée sur l’œil s’efface
tout s’éteint du fracas l’horizon sombre
ce qui étreint le regard ne se peut atteindre.


Icaria 82

Il pleut de la nuit dans le jour
étendue livide il y tombe
choses grises liquides et glacées
ce sont cendres éteintes sur les arbres

le poumon mort des ramures devient noir
sur le fond incertain des blancs
monocorde et usée la lumière une trame
où s’emmêlent neiges et glaces tout s’éteint

les miroirs dans les chambres  ne dédoublent plus
l’espace et vont des passants égarés
tout bruit tout s’efface tout s’asphyxie
même auprès de la lampe  tremble la clarté

l’aube pleure de la nuit dans le jour.


Diptyque

I.

Jour éteint derrière soi la nuit blanche
dans la lumière se jette le gel
pas de repos  juste les pas – répit
bref – qui claquent là au fil de l’eau noire

la ville détourée île flotte d’amont
s’enfonce au clapot noir  épais du flot
les voix des passants dessus grincent les rails
au passage des trams ça rit ça parle

ça passe pour rien vers rien tout est faux
des propos et des rires des musiques chantent
discordes des airs déments parodie
sous le ciel froid mordent de grands flux Nord

avancer un peu se taire et traverser ça
même là où le cahot sourd des flots furieux
sonne dans l’ombre opaque heurte les ponts
l’air épais les sons d’ailleurs on entre où

là où tout descend et file transi flotté
vers quoi de l’embouchure sa violence
n’y penser pas suffit à remonter la rive
le flot en contre-marche escalier terre

plus ferme on cogne à la grille une porte
grince  s’ouvre la chaleur dedans claque
au visage et.

II.

S’ouvrait à la Nuit la porte voilée – espace-
un seuil  invisible derrière quoi jouent libres
les mascarets que nul ne franchit sans vertige

des arches ancrent à la crypte leurs pierres
rouges et brûle la danse des ombres
la lumière résonne de sphères passées

la couleur tremblée danse  et accorde instruments
quand s’élève la voix claire le chant
la musique ranime intervalle le souffle

les sentinelles tracées aux voûtes en ruines
s’éveillent et rejoignent le chœur impromptu
de ce qui embrase déferlent les échos

le monde froid gris et mort le dehors
inerte dissone en vain dans le vide
aux lampes sont calmes des flammes claires

le vent se lève brise dans le rêve
loin sur la Dune les herbes fluent doucement
vient se poser au rivage écume la vague

le ciel est constellé deux ombres marchent
en chemins sur l’estran vont leur pas dans le soir
l’une et l’autre s’approchent et se fondent

là derrière l’horizon où luit et se lève
bleu l’accord majeur d’un astre inconnu.


Icaria 81: d’un seuil

Ouvrait à la Nuit la porte voilée – espace-
un seuil  invisible derrière quoi jouent libres
les mascarets que nul ne franchit sans vertige

des arches ancrent à la crypte leurs pierres
rouges et brûle la danse des ombres
la lumière résonne de sphères passées

la couleur tremblée danse  et accorde instruments
quand s’élève la voix claire le chant
la musique ranime intervalle le souffle

les sentinelles tracées aux voûtes en ruines
s’éveillent et rejoignent le chœur impromptu
de ce qui embrase déferlent les échos

le monde froid gris et mort le dehors
inerte dissone en vain dans le vide
aux lampes sont calmes des flammes claires

le vent se lève brise dans le rêve
loin sur la Dune les herbes fluent doucement
vient se poser au rivage écume la vague

le ciel est constellé deux ombres marchent
en chemins sur l’estran vont leur pas dans le soir
l’une et l’autre s’approchent et se fondent

là derrière l’horizon où luit et se lève
bleu l’accord majeur d’un astre inconnu.


Icaria 80:scordatura(inachevée)

Jour éteint derrière soi la nuit blanche
dans la lumière se jette le gel
pas de repos  juste les pas – répit
bref – qui claquent là au fil de l’eau noire

la ville détourée île flotte d’amont
s’enfonce au clapot noir  épais du flot
les voix des passants dessus grincent les rails
au passage des trams ça rit ça parle

ça passe pour rien vers rien tout est faux
des propos et des rires des musiques chantent
discordes des airs déments parodie
sous le ciel froid mordent de grands flux Nord

avancer un peu se taire et traverser ça
même là où le cahot sourd des flots furieux
sonne dans l’ombre opaque heurte les ponts
l’air épais les sons d’ailleurs on entre où

là où tout descend et file transi flotté
vers quoi de l’embouchure sa violence
n’y penser pas suffit à remonter la rive
le flot en contre-marche escalier terre

plus ferme on cogne à la grille une porte
grince  s’ouvre la chaleur dedans claque
au visage et.


icaria 79: d’un soir l’exil (instantanné paradoxal 9)

des voix disaient le monde
la peine l’ailleurs et l’exil
la salle était vaste et trop claire
le bruit de la ville autour entrait cru

depuis des années on n’avait changé
rien si ce n’est la perte et les façades
les matinées toujours aussi exsangues
les journées plus agitées de parcours

on ne rencontrait plus aucun de ceux
qui s’ inventaient au dire juste dans le lieu

les cercles orangés du sodium
nuancés de néons bleus n’y pouvaient rien
le jour s’éteignit ébahi

ce fut soudain plus dense
blanc le plain du silence en vol
sous les ramures noires et nues
la première neige de l’année

quelqu’un dit redevenu enfant lointain
"c’est ma première neige de l’année!"
sa terre par-delà l’Océan et le soir.


Icaria 78 d’un jour recommencé (instantanné 8)

Dans la chaleur
le jour recommencé
vides et pleins
des jours renouvelés
traits points lignes plans
déliés de la lumière
sans la chaleur
des heures premières

- écheveau – la ville
on y croise allures vacantes
dans l’errer auprès d’un Erèbe
mots un circuler de langue boueuse et fade
formes muettes de leurs propres ombres
longues en dépit des couleurs mots d’ombres mortes

boue aussi le sol
le rêve en vague déferle dans le clair
toute la ténèbre ignorée scène  d’un songe
est pavée la surface d’eau dormante loin
écartelée en elle-même
la flamme noire d’un arbre nu

la flaque froide qu’on évite
un miroir au tain terreux délité
s’y vont prendre au plomb les rutilements
lourds longs et lents
d’un éclat en chute l’orbe

courbes du même les branches nues
elles  relancent ou bercent voix l’infime
quoi tout au bout qui se rétablit intraitable?


un déploiement

"Toutes choses sont muables et proches de l’incertain" Pierre Michon.

.


Immobile et abrupt

un séjour le monde

où perle obscur le vif-argent.


I- Immobile

La ville immobile minée de mauvais songe
horizontale ses couleurs fausses rutilent
au sommeil de l’arbre implosent fils électriques

poursuivre les jours à la lueur bleue des aubes
il n’y a plus qu’ombres qui vivent en sourdine
les reflets de cieux jetées d’âmes aux flaques

les pluies rideaux sourds éteignent les traits
de bien tôt clos crépuscules s’animent seuls
les soirs blancs s’étouffent aux feux du sodium – Nuit

des remous le fil noir fonce boueux d’amont
remontent à rebours impassibles le temps
le flot l’Obscur sont bourrasques indéchiffrables

écrire aux rives raye les murs rouge sang.

II- abrupt

Cessent les chemins
les pas se dessinent un errer
le souffle trouve juste bascule
accordé vertical aux basses
continues le basalte s’élève orgues

ne se perd pas le regard qui ne cherche rien
le rêve passe simple d’une rive l’autre
ce qui fut laves s’étreint pierres
froides rugueuses et sonores chutes
l’eau gronde au profond du ravin

les roches rouges s’éteignent au noir
où tournoient les ombres des soirs
celles qui montent en torrent
inversent l’oblique lumière
et s’ouvrent fluides aux cristaux de nuit

enracinée fuse écrite la souche grise
en rejets son ardente ligne de vie danse
blanche foudre-falaise au rebord de l’abrupt.

III- un séjour

Paradoxale est l’aube douce
un filet jaune soufre sous la cendre
perce et brûle bleu de quel feu
l’atonie qu’éprouve le jour

soir le mur noir le soir
un grand pan de nuit bleue
à ne pouvoir pas déferler
grande voûte anticlinale

s’éveillent des fusions ardentes
là un continent s’égare aux lointains
craquèle et s’embrase ivre
un flot de métal coule brasier nocturne

crue la distance où luiront tard des astres rouges
que passent les formes changeantes l’immuable
l’enfant souffle la bougie du séjour.

IV- le monde

Soit le monde ce gisant plan allongé pâle
un labyrinthe de soifs et d’exils mauvais
où s’égarent les orbes se voilent les yeux

muette la bouche s’ouvre s’efface crie
l’air manque le sol se dérobe sous les pieds
il n’y a rien qui retienne la chute

un pas l’autre le suivant absurde on chancelle
exsangue la morsure mate immobilise
rien n’ouvre le voile blanc qui déferle opaque

tohu-bohu les routes les images
l’une l’autre encore sans issue
le sol meuble noir est boue presque poix

on lève les yeux cesse le vertige
là au limon d’une allée brille un grand reflet
fragile et clair un ciel l’éternité l’été

reflets – la lumière et l’enfance -
ce tain vif rêve l’évidence bleue
on y peut venir boire des ombres légères.

V- où perle obscur le vif-argent

Flaque sèche la couleur or
tombée des arbres au sol crisse sous les pas
le monde se stylise et déploie ses ramures
ou trope éblouie ou contrejour d’étincelle

le bitume emmure l’ancien passage
des ombres longues dorment mémoire irréelle
creusées aux surfaces et aux jours pétrifiés
la vie luit un disque jaune oscille radieux

éclats noirs dans la douleur bleue de l’œil
le pas humble avance sur un trait inconnu
et reprennent mouvement des souffles immenses

les grands courants croisent des gris bas des blancs hauts
une aile rouge porte incandescence aux nuits
des sept étoiles perlent larmes vif-argent.