Archives de la Catégorie Notes pour un chant loin

feuillet 42

pourquoi sans lieu passe le flot
un peu d’être racine

qui bouge et descelle

les pierres tombées
ils dorment

sans pourquoi la question

l’un d’eux rêve
retrouver rythme

à ce qu’enroulent déroulent les flots

dans la lumière rase
quelques branches s’étoilent

astres du proche sous le pas.


feuillet 41

viennent les passes
noires et nues
où voguer vers
quelle terreur

à la proue

on savait que
l’étau des roches
allait broyer
la nef entière

corps et âme

pour peu que ne
franchissent pas
les ailes blanches
pour peu que ne

dans l’écume

se montre pas
la main suprême
qui porterait
plus loin la barque

imprévisible

poupe brisée
mais le haut-vol
possible dans
l’étrave intacte

quels seuls visages

hors du royaume
où ne sont qu’ombres

vont apparaître.


Feuillet 40

à la rive
mortelle
d’avant tout
langage

fredon
ligne sourde
ce chant
les  aimante

non pas
un silence
des voix
en arrêt

la faille
sans parole
attire
implacable

rivage
où dévorent
les trois
fascinantes

ils sont
les victimes
offertes
d’elles-mêmes

l’un d’eux seul
s’assied
et sa main
entonne

même en vain
à la lyre
le dernier
contre-chant.


Feuillet 39

cela les fascine
ce vol loin d’épars
et chante en-deçà
l’éclipse au plein jour

il faudrait aller
des aubes marines
aux plus inhumaines
rejoindre les ombres

oiseaux les trois voix
d’où vient la rumeur
à glacer le sang
figer au désir

en chacun ce qui
ne se peut atteindre
en chacun ce qui
dort au près du gouffre

en chacun la voix
qui appelle quoi
de plus impérieux
que la chute aveugle

ce rivage mort.


Feuillet 38

ni leurs mains ni leur vue
ne tremblaient dans le sel

ils voyaient le partage
improbable des eaux

et cela s’avançait
bien plus dense que l’ombre

adossée  au  silence
toute une île appelait

ils allaient se jeter
aux écueils du chant noir

ils allaient incliner
aux rivages mortels

sous un flot continu
les accords étrangers

déferaient de la coque
le labeur des calfats

et les notes aiguës
couperaient les amarres

au delà du mouillage
il faudrait jeter l’ancre

et sombrer à l’abîme
que rebattent les flots.


Feuillet 37

un regard à la proue
à veiller l’océan

la figure penchée

forme une que rêvèrent
les mains d’un vieux sculpteur

toute blanche de sel

pour aimer chaque vague
elle n’est plus qu’un souffle

ne quitte pas la nuit

et ses yeux désormais
ne peuvent plus brûler

ne quitte pas le jour

de moins de feux que l’aube
quoique l’ombre les gagne

elle adosse à l’abîme

qu’elle sait d’avant elle
la brume se dissipe

le sillage du chant.


Feuillet 36

Image et pas même celle
d’un rêve
à revenir dans de l’aube
l’absence

un reflet
la brume peut-être plane
sur les eaux
réverbère le stellaire

ici
au simple calme des souffles
un rythme
cherche et ne trouve pas la rive

cela flotte
parait s’évanouit revient
un sillage
vers le jour qui s’ouvre en eux

ils dorment toujours
sur leur pont de planches

la carène file
écaillée de coques

ici aussi perle
au secret du flot

un peu de nuit close
s’enroule l’obscur

sillage du monde
un voile d’écume.


Feuillet 35

L’espèce humaine en est venue à réaliser
que les atomes qui constituent son corps
et le support matériel de toute chose visible
autour d’elle (…) ne sont que l’écume d’un
univers flottant sur un océan de vide

et de matière noire.
Michel Cassé, Théories du ciel.

 

c’est nuit neuve
- dite -  augurale -
la houle calme bat
trop bas bien trop ample
le mouvement lent
déconcerte

des astres le flot fluide
file sous l’étrave
et tremble dans l’écume
la terre n’est pas moins
portée indiscernable
que toute musique

ni le pont ni la barque
ne sont autres formes
que celles que rêva
une note impromptue
ici suspendue à
défaire un sillage

mais la trope toute est
“musicienne du silence”
l’univers la foudre des flots
où “loin se noie une troupe
de sirènes mainte à l’envers”
“solitude, récif, étoile”.


Feuillet 34

derrière ses yeux la nef
vive n’est-elle qu’écume

inverse au miroir des flots
rien qu’une image des rêves

de tout rivage nocturne

quelle courbe s’élève autre
quand la vision se déchire

à tout ce qui se défait
seul d’approcher l’étendue

ne demeure que l’aurore

la main s’accorde parfois
l’ellipse d’ombres trop denses

le geste simple libère
la note d’un peu d’eau claire

plus rien ne pèse du pas.


Feuillet 33

Josepha Gasch-Muche, display glass sur bois, 2003, détail.

dans le silence blanc
- est-il celui de Nuit

un voile

ou le pivot des Heures
déjà dépassé sans

la brume de mer

fin ni limite aucune-
leur barque avance étrange

efface la surface

une seule voix semble
perdurer aux cadences

efface le flot efface la terre

d’autres se taisent ou
murmurent d’un sommeil

un choeur

où les contraint le corps
qui leur permet d’aller

disparate et complexe

même perdus sans grâce
le lieu qu’ils cherchent est

accorde ses gestes

puis s’estompe fugace
là où l’aube se lève

accorde ses voix

comme vents et images
éphémères les jours

à l’horizon du chant.